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Rapport du stage les Rencontres d’Eté de SE.S.TA

Autor: Béatrice Massin, Marie Kinsky, Jean-Christophe Paré
Víc o Béatrice Massin:
Dates: 17–27 août 2004
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Les Rencontre d’Eté de SE.S.TA, Prague, 17–27 août 2004

Objectif du stage :

En terme de communication, l’intitulé du stage était : “Comment utiliser les éléments d’un univers de référence comme celui de la danse baroque dans la création chorégraphique contemporaine?”
Le stage organisé en 2003 a ouvert de nouvelles voies d’investigation autour de la question d’une expressivité reliant corps baroque et contemporain. Celle-ci étant envisagée comme induite par la composition chorégraphique et depuis l’acte accompli par l’interprète.
En 2004, l’ensemble des artistes intervenants souhaitait poursuivre dans cette voie. De la même façon qu’en 2003, la session de travail a été élaborée autour d’une problématique spécifique. De plus, l’une des dimensions spécifiques du projet revendiquée par l’association SE.S.TA est de donner aux stagiaires la possibilité de dépasser d’eux-mêmes la simple intégration de savoirs techniques pour entrer dans une lecture critique de leur propre pratique et d’interprète et (lorsque c’était le cas) de chorégraphe.

Problématique :

Des passerelles purent être faites entre les danses baroque et contemporaine en 2003. Notamment, fut repérée et travaillée comme telle, la spirale s’inscrivant dans le geste dansé, que ce soit pour un corps verticalisé s’inscrivant dans un espace hiérarchisé comme au 18ème siècle ou plus sphérique et multidimensionnel au 20ème siècle. Ainsi, c’est la conscience de l’architecture de l’espace intérieur du danseur qui fut sollicitée.

Cette année, la proposition a été resserrée dans un premier temps autour de la notion d’espace, au sens large du terme, puis, dans un second temps, vers une conscience accrue de son extériorité au corps. L’observation a porté, non seulement sur un corps s’inscrivant nécessairement dans un espace donné, mais aussi dans un espace où il s’y projette. Depuis l’occupation de l’espace, liée par essence à “l’être présent”, jusqu’aux diverses formes de projection dans celui-ci, par le désir, la volonté, la réaction, le réflexe, la pensée consciente... c’est le spectre des possibles qui était la source de notre intérêt. L’expressivité, qu’elle soit “baroque” ou “moderne” ne pouvant, de fait, se déposer ailleurs que sur cette dimension fondamentale du vivant qu’est l’espace.
Bien qu’elle fut parfois utilisée, l’improvisation, comme outil de production de matériau gestuel n’a pas fait l’objet d’une expérimentation particulière. Il s’agissait par contre de poser comme projet d’atelier, l’interaction entre composition et interprétation. A partir de cette préoccupation première, de brefs travaux de composition ont été menés, en permanence sous le regard des enseignants (à deux ou trois). Des retours successifs ont permis une évolution de ceux-ci.
Les brefs moments chorégraphiés par les étudiants ont mis en évidence la nécessité de la rigueur d’un propos et de l’obligation de choisir un matériau se singularisant puis d’en creuser le sillon. Le principe de retours se succédant au fil des séances de travail a permit une réelle évolution des travaux ouverts.

Conception du stage :

Deux sessions distinctes de cinq jours ont constitué la période complète du stage.

Première session :
Durant les 5 premiers jours, en matinée, l’entraînement quotidien du danseur était proposé sous forme de classes de danse contemporaine. Il s’agissait avant tout de préparer le corps à deux types de nécessités liées au “danser baroque” ainsi que de préparer aux séances préliminaires d’improvisation avant la composition, dans une exploration plus débridée de l’engagement corporel.

Les stagiaires ayant le choix de n’aborder que leur pratique spécifique ou de les suivre toutes, un socle commun de qualités de mobilités était abordé: verticalisation du corps; chutes-rebonds; suspension-pression; les trajectoires spiralées dans le corps; prise de conscience de l’engagement du corps à l’instant de l’initiation des transferts; liaison entre espaces statique et dynamique; volume de l’espace; précision rythmique.

L’ensemble de ces éléments, constitutif de la technique “Limon” dispensée lors des cours de danse contemporaine, était utilisé lors des ateliers, en tant que thème de composition ou comme outil de lecture du travail effectué par les étudiants.

Afin de créer une liaison avec le travail en AFCMD de la deuxième session, ont été menés : un travail au sol (exploration de mobilités sur le relâché; prise d’espace...) puis debout, selon des modes d’explorations de sensations, reprises en deuxième semaine, à partir de soi et en relation avec le groupe.

L’après-midi était également axée sur la question de l’espace, bien que le rythme y fut abordé. Les ateliers ont été l’occasion de développer des phases d’improvisation qui renvoyaient au thème même de la composition. Dans le rapport à l’espace : des jeux sur la symétrie dans le groupe; repérage d’un point fixe dans l’espace, défini par la présence d’un danseur; jeux sur la mobilité du corps, par rapport à lui-même puis comme moteur de déplacement dans l’espace.

Des duos ont ainsi été créés par les stagiaires.

Deuxième session :
L’apport, dans un deuxième temps, des séances d’analyse Fonctionnelle du Corps dans le Mouvement Dansé (AFCMD) avait pour but de permettre aux stagiaires d’aborder la constitution de la spirale du corps, notamment lors des prises d’appui dans l’objectif de tourner sur soi ou dans l’espace. Les rotations, les girations, les prises d’espace circulaires étant tout aussi présentent en danse baroque que sur les formes modernes de danse.

Les points d’AFCMD étaient relayés, tant par l’entraînement quotidien du danseur que le travail en danse baroque qui concluait la matinée. La présence de l'AFCMD a orienté le travail d'atelier vers la prise de conscience de la place indispensable des qualités de l'interprète.

Les ateliers de composition ont été poursuivis selon le principe d’un croisement entre prise de conscience de l’espace et exploration des mobilités corporelles spécifiques en rotation et giration.
Pour ce qui est de la danse baroque, la progression de la pratique au cours des deux sessions s'est faite autour d'un choix de trois danses baroques sur partition Feuillet. 

Trois chorégraphies très différentes nous sont en effet parvenues sur une même musique de Marin Marais (la Matelotte). La diversité de ces trois œuvres (une contredanse, une danse de bal, un solo pour homme) a permis de mettre en valeur des qualités essentielles, propres à la technique baroque et d’approcher le questionnement des moteurs fondamentaux de cette esthétique de danse, qui ont abouti à la conceptualisation de la première écriture du mouvement. 

Très vite, la différence entre un corps en mobilité spatiale et un corps en position a fourni un véritable matériau en soi, à développer en tant qu'interprète.

Dans un premier temps c'est la contredanse qui a retenu toute l’attention. Elle a pu être dansée par les stagiaires, tous ensemble. En l’occurrence, les figures symétriques du couplet dansé permettent un jeu avec tous les partenaires, tout en obligeant déjà à un grand souci de lisibilité de l'espace.

La danse de bal étudiée ensuite est, de fait, composée pour un couple. Comme dans tout le répertoire du bal, au-delà de la difficulté d'évoluer vraiment en duo et de tracer à deux des figures spatiales totalement symétriques, c'est la matière du duo qui est questionné. Dans l'écriture baroque l'espace créé entre les deux danseurs se met à vibrer et varie constamment de densité. Cet espace entre les interprètes devient la matière essentielle du duo de bal. La spécificité de cette chorégraphie qui fut travaillée lors du stage, repose sur un enchaînement  de tours très souple qui permet de faire tourner la traîne de la danseuse et d'amplifier ainsi les corps et leurs présences spatiales.

Pour les danseurs pratiquant déjà la danse baroque, le travail d’atelier de répertoire baroque s’est achevé, sur cette même Matelotte de M.Marais, dans sa forme solo pour homme. Ici le propos chorégraphique est encore différent : la personnalité du danseur soliste devient l'outil même de la chorégraphie. La difficulté technique est présente (cabrioles, entrechats et pas très rapides) et se met au service d'un espace large et mobile, cependant très frontal. Un espace de représentation qui deviendra par la suite assez conventionnel. L'interprétation a donc fait l’objet d’un travail spécifique avec chaque interprète pour que vive cette chorégraphie dans une amplitude large et généreuse.

Ainsi durant tout ce stage il aura été possible de dégager les questions d’écriture et de modulation d’interprétation dans l’appropriation d’une page de répertoire.

Observations :

Ateliers de danse Baroque :
La pratique de la danse baroque suivant immédiatement le cours de danse contemporaine. Il a été constaté qu’il était possible d'entrer dans la matière baroque avec une prise d'espace immédiate et d'aller à la découvert du geste baroque par le plaisir d'un corps jouant de toutes ses qualités. La largeur et l'amplitude du mouvement se conjuguaient avec la rigueur et la précision rythmique. Ce processus est apparu plus intéressant qu’une première approche de cette technique éclairée uniquement par son aspect le plus contraignant trop souvent mis en avant.

Séances AFCMD :
Contrairement à l’approche habituellement globale permettant de relier un point d’analyse avec la technique de la danse, lors des séances d’AFCMD, l’attention a tout d’abord été portée sur le pied, sa structure, ses possibilités de mobilités et la prono-supination. Ensuite, il s’est agit de “remonter” vers le centre du corps. L’attention a été portée sur la mobilité de la jambe puis une séance a porté strictement sur le bassin. Des mises en relation (ischion-talon; relation avec la tête, sollicitation de la ceinture abdominale, oppositions des directions des ceintures scapulaire et pelvienne..) Afin de retrouver un corps global ont ensuite été menées deux séances: une première qui consister à créer des liens entre haut et bas du corps et une seconde qui était une base de classe de danse dont les exercices permettaient de retrouver les sensations explorées durant les séances d’AFCMD. Le principe de rotation étant l’axe majeur du travail technique.


Ateliers de composition :
Lors des présentations des compositions, les observations croisées des trois enseignants ont essentiellement porté sur la relation entre interprétation et composition. L’utilisation des outils de composition a été éclaircie en regard des spécificités d’engagement corporel et émotionnel des danseurs.

Quelques exemples de pistes qui ont été développées par les étudiants: Les associations de rotations; Giration et déséquilibre; transfert de l’intention mentale à l’intention corporelle; l’espace intime; le principe de réitération; être responsable de la présence de l’autre ou la polyphonie corporelle.

Des soli ont également étaient composés par les étudiants. Leur analyse a permis de mettre en avant les liens étroits entre la singularité de l’espace corporel personnel et la composition de l’espace, en terme d’architecture et de dynamisme.

Toutes les directions d’approfondissement des compositions étaient reliées à la question de l’espace. Le regard et l'écoute des stagiaires se sont développés au fil des échanges qui sont devenus de plus en plus justes lors des phases de présentation des travaux quotidiens. Les questions autour de la nécessité de la concision de l’engagement corporel et de la précision du propos ont commencé à se formuler très clairement. La contrainte de la technique baroque a semblé réinvestie dans la conception de moments chorégraphiques contemporains. Elle est devenue comme une nécessité, une exigence en soi de travail.

Une présentation publique de fin de stage a permis de réunir toutes les compositions. L’alternance des travaux en danse baroque et contemporaine a été l’occasion de voir en quoi le tressage de l’espace dans une danse de couple du 17ème et un duo contemporain se rejoignent. Espaces intérieur et extérieur au corps, espace graphique, affectif, émotionnel, intentionnel, inconscient... définissent, par le caractère propre à chaque présence en jeu, des “matériaux “gestuels singuliers qui induisent eux-mêmes des modes compositionnels qui s’imposent plus qu’ils ne sont choisis.

Sans hiérarchiser les différents aspects du travail de composition, les étudiants ont abordé la question complexe de la créativité de l’interprète, chemin incontournable pour qu’il puisse être autonome et responsable de son expressivité.

Conclusions :

Le stage était dispensé aux étudiants de telle façon qu’ils soient rendus autonomes quant à un réinvestissement personnel ultérieur au stage, des pratiques abordées. Mieux encore qu’en 2003, les intervenants du stage ont constaté que ceux-ci avaient eu la possibilité de se re-connaître eux-mêmes.

Si les étudiants furent particulièrement sollicités sur ce plan, il a pu être constaté que, passées les premières surprises, ils en étaient véritablement transformés dans leur présence, de manière très positive.

Ce stage a été voulu sans concession. La question fondamentale de la maîtrise technique a été questionnée par le biais de la danse baroque, en tant que langage référencé qu’il est nécessaire d’intégrer avant de le danser.

Lors des présentations quotidiennes de travaux la notion de contrainte s'est éclairée, accompagnée de la part de liberté qu'elle offre. En ouvrant cet horizon, nous proposions à ces danseurs déjà professionnels, une nouvelle méthodologie de travail. Bien au delà du style baroque, c'est l'apprentissage de la chorégraphie et de la place essentielle de l'interprète qui apparaissent dans ce temps d'histoire de la danse.

Que ce soit avec les duos, qui révélaient des matériaux relationnels au-delà de la convention stéréotypée de cette forme, où avec les quatuors, qui abordaient sans support musical, la difficile question du rythme comme élément fondamental de composition, les stagiaires ont été les premiers surpris de la qualité de leur inventivité.

Un temps de discussion et d'échange quasi permanent s'est établi à la vision des travaux des stagiaires. Chacun a appris à commenter le travail des autres encadrés par les professeurs. Un immense respect du travail entrepris par chacun a pris naissance dans ces temps qui concluaient toutes les séances d'ateliers.

De leur côté, les enseignants encadrant le stage confirment en quoi il est important de pouvoir explorer, par le biais d’une proposition telle que le stage organisé par SE.S.TA, une relation privilégiée de travail qui, au fur et à mesure des stages, donne toujours plus envie d’exigence et de concision dans les sujets abordés.