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La création de salto nel Vuoto

Auteur: Paco Dècina
Dates: été 2005
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Tout d’abord, c’était pour moi très agréable de choisir les danseurs qui travailleraient pour la création. Ce sont des danseurs indépendants, c’est-à-dire ne travaillant pas déjà pour une structure constituée. C’est très différent de travailler avec une structure qui passe une commande de création pour ses danseurs.
J’ai donc pu les rencontrer en amont, les auditionner, parler avec eux. J’ai choisi des danseurs que je ne connaissais pas et qui ne connaissaient ni ma manière d’aborder le travail, ni les œuvres du répertoire. C’est pour cela que cette donnée de départ a été primordiale et a donné son empreinte au travail, c’est l’idée que l’on retrouve dans le titre : Salto nel Vuoto (Saut dans le vide, en français).
J’ai rencontré un espace de liberté identique à celui dans lequel je suis lorsque je suis en création avec les danseurs de ma propre compagnie. J’ai senti également un grand respect en rapport à mes choix artistiques.
Les contraintes économiques ont été celles que tout chorégraphe rencontre avec n’importe quelle structure. Il est vrai que, depuis quelques années, par choix, je travaille sans décor. La contrainte économique a fait que je ne me suis pas posé la question : décor ou pas ? Les contraintes, quelques qu’elle soient, participent à la construction de l’œuvre, elles cadrent la création.
Avec le recul, je constate avec beaucoup d’intérêt, que malgré nos manques de références communes, il existe une force et une qualité particulière dans le travail, qui s’affirme malgré moi, malgré eux et qui appartient au travail en lui-même.
C’était une mise à l’épreuve de moi-même, comme serviteur de mon travail. Servir ce que je défends dans un environnement non familier, un monde différent avec des gens différents, à travers un autre mode d’apprentissage. Je me suis rendu compte, que malgré toutes les projections qu’on peut faire avant de commencer le travail, et toutes les difficultés qu’on peut imaginer, elles n’existent ni dans la relation à l’autre, ni dans l’instant présent.
C’était également passionnant de travailler avec un compositeur tchèque. Car la musique est pour moi l’espace où les interprètes et moi-même allons intervenir, c’est le sol qui permet la construction.
J’ai été aussi incroyablement étonné de la transformation des danseurs pendant les 2 mois et demi de travail. J’espère que ce travail va les changer profondément dans leur parcours d’interprète.
Je suis très content de retrouver l’équipe à l’occasion des reprises à Bratislava et à Prague . Je suis curieux de voir comment, pendant les jours de répétition en amont, la danse va se retrouver elle-même. Et je suis confiant !
Passer ces mois de travail à Prague m’a permis également de mieux appréhender la vision de la danse en République tchèque. J’ai pu découvrir des spectacles et entrer en contact avec le milieu en partageant avec des artistes, des danseurs et d’autres compagnies.
Une des données intéressantes du projet a été celle de la mixité tchèque, slovaque et française. Il y a eu quelques soirées d’échanges passionnantes sur leur différences. Dans l’ensemble, ce sont des gens discrets, qui ne sont pas dans la critique de l’autre. Bien sûr, ils existent des différences entre eux, que j’ai pu constaté notamment dans leur corps. Ce sont deux peuples de nature très différentes, l’un est plus distant, l’autre est plus chaleureux. Ce travail a permis de mettre en interrelation les disparités d’une fracture discrète mais existante entre les tchèques et les slovaques, et d’insuffler un vrai dynamisme à l’intérieur du groupe.